POTERIE DE SÈ : UN ART DANS L’ÂME

Plus qu’un métier à apprendre, la conception de la poterie à Sè est un patrimoine pour les femmes de cette localité. Produit fin d’un matériau issu uniquement des zones marécageuses, cette casserole jadis, aujourd’hui ustensile de cuisine par excellence, demeure un bien pour les habitants de Sè dont seuls détiennent son secret. La Poterie à Sè, un art dans l’âme !

Le village de Sè, un arrondissement de la commune de Houéyogbé, dans le sud-ouest du Bénin, se distingue par son savoir-faire traditionnel et identitaire.
La fabrication de plats, de casseroles de cuisine, jarres, pots de fleurs et autres objets d’art à base d’argile cuite. Ce sont en quelque sorte les résultats de la poterie qui est à la fois une culture et un art atypique de cette partie du Bénin. Basé sur le travail de l’argile, pour la constitution de pots et d’objets d’art, c’est un métier beaucoup plus attribué aux femmes. Un métier qui à première vue, n’est pas chose facile.
Sous un soleil de plomb, un groupe de femmes rodées au maniement de l’argile, se dirigent, bassines sur la tête, vers les bas-fonds, à la sortie du village, à 90 kilomètres de la capitale économique Cotonou. Elles cherchent la boue d’argile, matière première pour la fabrication de leur poterie. « La boue d’argile s’achète aux abords des zones humides, dans les bas-fonds, dans un panier correspondant à une unité de mesure, appelée Quinsivi», a déclaré une sexagénaire », avant d’ajouter « ils nous vendent l’unité de mesure Quinsivi à 500 Francs CFA», indiquant qu’en période de crue, elles l’achètent jusqu’à «700 Francs CFA».
Le retrait de la boue n’est pas chose facile surtout en période de pluie. Selon un membre dudit regroupement, «il faut avoir la maîtrise de l’activité, connaître comment se positionner dans le bas-fond pour en extraire la boue qui s’entasse totalement en profondeur. Nous avons perdu un jeune récemment parce qu’il n’a pas pu se retirer du bas-fond à cause de la grande quantité de la boue et de son poids très lourd», a-t-il expliqué. Il a également précisé que le travail devient très périlleux en saison de pluie avec la montée des eaux.

Poterie de Sè

Pour sécher et façonner la boue en objets divers, ces femmes de Sè qui se sont constituées en association dénommée Groupement des Femmes Potières de Sè (GFPS) du retour des zones marécageuses, usent de leur intelligence, de leur créativité. Le travail de la poterie se fait tous les jours sur commande ou pour usage personnel selon un membre de l’association.
«La boue ramenée des bas-fonds est séchée au soleil pendant un à deux jours, puis trempée à nouveau dans de l’eau et pétrie avec les pieds et les mains. Vient ensuite le moment décisif qui est le façonnage de l’argile pétrie en différents objets de cuisine, de décoration et parfois de construction comme les tuiles pour couvrir les maisons», a-t-elle confié, indiquant qu’une journée entière de soleil permet de sécher l’article fabriqué ou au four (grand feu) pour le rendre dur.
Plus l’article reste au soleil, plus il est résistant et se casse difficilement. «La cuisson des tuiles au four peut durer dix heures de temps en moyenne et celle des canaris (cruche traditionnelle) cinq heures», a précisé une octogénaire et potière à la retraite.

« Seules les femmes ont cette capacité de manier cette terre d’argile trouvé uniquement dans les zones marécageuses », a déclaré l’octogénaire.

L’octogénaire raconte qu’une femme originaire de Sè aurait épousé un chasseur dans un village d’à côté du nom de Drè. Un jour, le mari est allé à la chasse et a vu des génies en train de travailler l’argile pour lui donner la forme d’une jarre. Impressionné, le chasseur est revenu rapporter la découverte à sa femme et a souhaité qu’elle le suive le lendemain pour aller voir ce qui se fait dans la brousse. La dame de retour a rapporté la découverte à ses parents à Sè qui ont voulu qu’elle mette la technologie au service de ses sœurs avant de regagner le domicile conjugal.

«Depuis lors, la pratique s’est perpétuée et est devenue l’une des grandes activités génératrices de revenus dans la localité. Elle se transmet de la mère à la fille et les objets fabriqués ont une triple fonction : traditionnelle, culinaire et commerciale», a-t-elle renseigné.
Un autre membre du groupement des potières, affirme que les articles fabriqués (plats, casseroles de cuisine, jarres, pots de fleurs et autres objets d’art) sont achetés par les nationaux tout comme les femmes de certains pays frontaliers du Bénin comme le Togo et le Niger.
«Nous vendons nos jarres à partir de 500 FCFA, ça dépend de la grosseur. Les plats sont vendus à partir de 300 FCFA», a-t-elle dit, tout en précisant que les canaris, jarres et pots de fleurs s’écoulent rapidement.
«Je suis veuve depuis bientôt dix ans et c’est grâce à ce travail que je nourris mes six enfants et paie leurs écolages», a confié une autre qui a requis l’anonymat, indiquant que la poterie de Sè est devenue un label traditionnel, identitaire et commercial pour la localité et le Bénin.

Astrid T./La rédaction

First Afrique

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