DÉVELOPPEMENT : LES DISPOSITIONS À METTRE PLACE POUR UNE SÉCURITÉ ALIMENTAIRE EN AFRIQUE.

Mamadou Goïta, Socio-économiste du développement, Directeur IRPAD/Afrique et membre de IPES-Food propose quelques mesures que devraient prendre les pays africains, à court et moyen termes pour pallier la crise du coronavirus dans le secteur agro-alimentaire en Afrique.

M. Goïta, spécialiste de questions de développement, est très inquiet de la situation que traverse le monde. Il a pris le soin d’analyser l’impact de cette crise avant de proposer quelques solutions pour assurer la sécurité alimentaire. Il déclare :  » Les impacts importants de cette pandémie en Afrique (baisse des revenus, pertes de récoltes des produits de contre-saison, endettement, perturbations du système alimentaire, du système d’approvisionnement en intrants de production… ), concernent directement toutes les formes de l’Agriculture mais particulièrement l’Agriculture familiale qui est la forme dominante sur le continent. Ces impacts affectent particulièrement selon les pays entre 60 et 85 % de la population qui dépendent de l’Agriculture, dont plus de 90 % au Sahel par exemple sont des petits exploitants avec environ 30 % de salariés journaliers, y compris les membres de la famille migrant vers les zones urbaines ou autres pays « . 

Abordant l’aspect des solutions à envisager, il affirme qu’il y deux types de solutions qu’on peut mettre en œuvre : les solutions conjoncturelles (à court terme) et les solutions structurelles pour le long terme.

« Pour le court terme, il y a un besoin urgent pour une grande partie de la population à accéder à la nourriture avec l’épuisement des stocks familiaux. Les États doivent investir dans différents outils des filets sociaux pour l’accès équitable à la nourriture. Dans la même lignée, la préparation de la nouvelle campagne agricole qui commence bientôt reste une urgence notamment l’accès aux facteurs de production (intrants, semences…) dont la disponibilité risque d’être difficile cette année. »  A-t-il laissé entendre.

Pour le long terme, il propose dix (10) solutions à mettre en œuvre.

 » Pour le long terme il s’agira entre autres, pour les états africains de :

(i) changer les orientations stratégiques en investissant plus dans les systèmes alimentaires plutôt que dans les systèmes de production seulement pour minimiser la dépendance de l’extérieur. Une telle approche permet de promouvoir les alternatives agro-écologiques au détriment du model d’agriculture industrielle de révolution verte promu par les multinationales;

(ii) élaborer et/ou mettre en œuvre des politiques Agricoles basées sur la souveraineté alimentaire qui soutient en priorité l’agriculture familiale productive et durable;

(iii) mettre en place des stocks de souveraineté alimentaire avec comme source prioritaire l’approvisionnement la production locale,/nationale et/ou régionale; (iv) assurer une meilleure organisation des marchés territoriaux qui sont des opportunités pour avoir de meilleurs revenus (rémunérateurs) pour les producteurs;

(v) promouvoir la sécurité sociale pour les producteurs et mettre en place des fonds de calamités, des fonds d’assurance agricole dans le cadre de la protection sociale;

(vi) mettre en place des fonds de transformation/valorisation des produits locaux;

(vii) promouvoir des programmes de recherches participatives pour la souveraineté de la recherche;

(viii)  assurer la formation et l’installation des jeunes ruraux en priorité pour la relève dans les exploitations Agricoles familiales; (ix) régler les questions foncières ou agraires en mettant en place des politiques progressistes;

(x) promouvoir les industries agro-alimentaires nationales et régionales pour contribuer à l’industrialisation du continent « , propose-t-il.

Il conclut que la mise en œuvre de ces mesures à long terme permettra de changer la trajectoire économique de la garde partie des états africains qui regorgent de réserves importantes de ressources.

 H. HOUETCHI

F-KINT

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