GUILLAUME SORO MANIFESTE SA SOLIDARITÉ À MARCEL AMON-TANOH APRÈS SA DÉMISSION.

À travers une lettre ouverte, le président du GPS, M. Guillaume Soro invite le ministre ivoirien des affaires étrangères, M. Marcel Amon-Tanoh à prendre des dispositions pour sa sécurité. Rappelons que M. Amon-Tanoh, a déposé sa démission du gouvernement ivoirien, le 17 mars dernier.

Hyacinthe Houetchi

Voici ci-dessous la lettre de M. Soro :

Lettre ouverte de Guillaume Soro au ministre Amon-Tanoh Marcel

Mon cher Marcel,

Te souviens-tu que lors des difficultés que la Côte d’Ivoire a connu, on nous accusa d’en savoir bien plus sur le prétendu coup d’Etat de la Mercedes Noire en janvier 2001 ? Et nous dûmes, in extremis, chacun par son chemin, prendre la voie de l’exil. Nos cœurs frissonnaient alors de frayeur d’être éliminés. Car à l’époque, contrairement à ce qui était dit, toi et moi étions bel et bien sur la liste des personnes ardemment recherchées. Je dus me déguiser comme je te le révélerai plus tard, pour sortir de la Côte d’Ivoire.

Tu comprendras aisément que je réserve à mes mémoires les pistes par lesquelles toi et moi passâmes pour rejoindre la terre voisine du Burkina Faso où nous engageâmes un pénible, long et rude exil, dans l’isolement total et le dénuement. Seuls le courage et la résilience nous servirent alors de viatique dans cette traversée du désert. Je me dois de te dire que c’est au cours de notre long exil que j’ai appris réellement à te connaître, un peu comme on apprend à percer l’énigme d’un sphinx. L’homme Marcel Amon Tanoh dit « Tam-Tam » pour les initiés, se révéla alors à moi.

Au cours de nos déjeuners, de nos dîners, ou même lorsque nous étions quelquefois saisis par un désespoir passager, nous nous préoccupions avant tout du sort de Monsieur Alassane Ouattara avant le nôtre. Nous avions uni nos efforts et nos intelligences pour que Monsieur Ouattara puisse regagner la Côte d’Ivoire. Je me permets de faire ce témoignage parce que de tous les collaborateurs de Monsieur Ouattara, tu as été celui qui a fait preuve de courage et de sacrifice pour son succès d’aujourd’hui. Tant de privations, d’humiliations, de souffrances ! En ces temps de braise, bien d’autres ont préféré l’exil doré de l’Hexagone.

Aujourd’hui repus, ils seront les premiers à te jeter la pierre de l’ingratitude. Nous avons travaillé depuis notre exil au Burkina Faso à impacter la vie publique de la Côte d’Ivoire. Je dois dire que sans ta confiance, sans tes conseils pertinents et avisés, sans ta détermination, nous n’aurions pas pu réussir. Au moment où tu rends ta démission du gouvernement ivoirien, je n’ai pu en ce 19 mars 2020, résister à l’irrépressible tentation de rendre témoignage de ta loyauté et de ta fidélité envers Monsieur Alassane Ouattara.

Je suis un témoin vivant et ma mémoire demeure vivace sur tout ce que tu nous disais et sur tout ce que tu me confiais, sur la nécessité de rester loyal et dévoué à Monsieur Ouattara. Plus jeune, j’étais peut-être fougueux, mais j’avais mon temps pour moi. Et pourtant, toi l’aîné, tu n’as jamais failli, ni douté que Monsieur Ouattara aurait un grand destin en Côte d’Ivoire. A contrario, certains qui, aujourd’hui jouent les loyaux avec obséquiosité, hier avaient parié que jamais Alassane Ouattara ne serait président de la Côte d’ivoire. Et toi Marcel, tu le sais aussi bien que moi.

Vint le 19 septembre 2002. Malgré le poids, l’immensité de la contribution que tu as apporté, tu as eu l’intelligence et la sagesse de la discrétion et tu t’es effacé pour laisser le chemin aux quelques opportunistes de service, quand il s’est agi d’aller aux négociations de Marcoussis. Et cela n’a point émoussé ta détermination et ta loyauté vis-à-vis de Monsieur Ouattara. Nous avons ensemble été au gouvernement.

L’homme discret que tu es, n’a jamais voulu évoquer cette part de lutte et ta contribution à celle-ci. Tu me disais et je m’en souviens encore : « Guillaume, je suis un homme qui ne parle pas, je ne parlerai pas. » Or, c’est surtout avec tes conseils et l’élan que tu as impulsé que nous avons continué pour accomplir ce que nous avons accompli. Parfois ta discrétion et ton effacement me surprenaient, mais j’avais confiance en toi parce que je savais que tu étais guidé par l’expérience. C’est aussi la raison pour laquelle, j’ai sollicité quelques rendez-vous avec toi à Abidjan pour que nous fassions le bilan du combat que nous avions mené et pour que nous appréciions les perspectives.

Tu m’as toujours conseillé la patience. Je me souviens encore que quand j’ai décidé de rendre ma démission de la présidence de l’Assemblée Nationale, tu m’avais, comme à ton habitude, suggéré de ne pas le faire. Mais cette fois-ci je ne t’ai pas écouté, je n’en pouvais mais, tout simplement. L’homme pour qui nous avions consenti tant de sacrifices, s’était éloigné de l’idéal commun.

Exactement un an après mon départ du perchoir dans les circonstances sur lesquelles il n’est nul besoin de revenir, j’avais l’intime conviction que ton sens de la dignité et ton sens de l’honneur te pousseraient à poser le même acte que moi. C’est pourquoi aujourd’hui, je suis fier de l’homme que j’ai connu et avec qui j’ai cheminé. Cet homme qui ne se laisse ni intimider, ni manipuler, tant son amour pour la Côte d’Ivoire est sincère et vrai.

A l’époque, tu m’avais fait le reproche de prendre la décision de démissionner, au lieu d’opter pour l’entrisme, de rester au RHDP, de bousculer les positions, pour changer les choses de l’intérieur. Tu y as cru plus que moi, par sagesse peut-être. Mais ma position était que l’entrisme n’avait jamais été une solution, car l’appareil politique ne pouvait que nous broyer. Et c’est pourquoi j’ai refusé la confrontation avec le Président Ouattara.

J’ai donc choisi de sacrifier mon poste, si telle était la volonté de Dieu, car j’ai toujours été sincère et loyal envers Monsieur Ouattara. Je ne pouvais rester au RHDP dans ces conditions d’indignité. Je suis parti le cœur léger, l’âme en paix, voguant pour l’aventure de mes convictions.

A l’instant où j’apprends l’annonce de ta démission, je suis sûr et même convaincu que tu as, toi aussi, le cœur et l’âme en paix. Que tu es fier d’avoir accompli en toute loyauté, ton devoir pour la Côte d’Ivoire et rempli avec droiture ta mission auprès d’Alassane Ouattara que tu as tant servi. Il est bien curieux que ceux qui ont eu le courage de leurs opinons dans l’équipe de Monsieur Ouattara et de les affirmer avec sincérité, soient devenus des parias. Comme s’il fallait rembobiner le fil de l’histoire et acter le déni de la réalité.

Aujourd’hui, te voilà dans l’arène politique, cher Marcel ! Je préfère te prévenir que la calomnie, la méchanceté te frapperont comme je l’ai été et le suis encore ! Mais pour être passé à la trappe avant toi, je ne puis que formuler ici même des vœux sincères de réussite. Il te faudra du courage, je sais que tu en as. Il te faudra de la résilience, je n’en doute point !

Mais surtout, il te faudra de la tolérance vis-à-vis de ceux qui, hier nous appelaient frères, mais qui dans la brume crépusculaire, nous en ont tant voulu, quelquefois mortellement ! Ceux-là mêmes qui, pour un plat de lentilles, sont prêts à faire prospérer les plus graves injustices dans notre pays !

Mon cher Marcel,

Cette lettre ouverte n’a pas pour objectif un calcul politique. Mais je me suis dit qu’il m’était de devoir de t’exprimer mes sentiments les plus sincères. Je te souhaite bon vent et plein succès. Je suis sûr que c’est le camp de la vérité qui gagne. Sûr que tu sauras apporter avec la même détermination et le même courage, ta contribution à l’édification d’une société éprise de paix et à l’accomplissement heureux de la nation ivoirienne que nous souhaitons tous. Tel fut et demeure notre idéal initial pour lequel nous avons sacrifié nos vies de famille et pour certains d’entre nous, malheureusement leurs vies.

Restons orientés sur la boussole de nos convictions fondamentales et que justice et vérité guident nos pas au cœur du brave peuple de Côte d’Ivoire. A ceux qui nous jettent aujourd’hui la pierre, je rappelle qu’il est dit dans la Bible que les premiers seront les derniers. Ceux qui aujourd’hui nous jettent, avec rage, les premières pierres de la haine, doivent retenir qu’ils recevront les dernières pierres de la justice divine.

Reçois donc ici, comme toujours, cher Marcel, l’expression de ma fraternelle estime. Que Dieu nous bénisse !

F-KINT

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