Des pionnières africaines se racontent au musée Quai-Branly

Pour son événement annuel qui célèbre le continent au féminin, « Le Monde Afrique » donne la parole, le 31 mars, à ces femmes qui ont ouvert la voie de l’émancipation.

Par Maryline Baumard 

Passer le micro à celles qui changent l’Afrique. Mardi 31 mars, Le Monde Afrique va conjuguer ce continent au féminin, au musée du Quai-Branly pour sa journée annuelle sur les femmes africaines. En 2020, cet événement qui coïncide avec les cinq ans du Monde Afrique, sera consacré aux pionnières, dont une dizaine viendront, devant un auditoire de 450 personnes, confier leur stratégie pour faire bouger les lignes. Que leur terrain soit les arts, les sciences, la politique ou les affaires, toutes ont dû bousculer des ordres établis pour ouvrir un nouveau champ des possibles. Au prix, souvent, de combats difficiles.

Que sait-on des batailles qu’a dû mener la chanteuse malienne Rockia Traoré pour imposer son style ? Que connaît-on des « infimes fenêtres de tolérance » qu’elle a dû repérer pour s’engouffrer « dans les brèches de modernité d’une société malienne fortement traditionaliste », comme elle le dit elle-même ? Que sait-on des embûches rencontrées par Kalista Sy, la réalisatrice sénégalaise de Maîtresse d’un homme marié, la série qui a mis Dakar en émoi ? S’imagine-t-on l’audace qu’il a fallu à la réalisatrice franco-marocaine Zakia Tahiri pour oser Madam N’Safra (littéralement « madame est en voyage »), la version marocaine d’une sitcom où un père de famille doit gérer ses enfants une semaine durant ? Et qui mesure la force qu’il a fallu à l’actrice et réalisatrice Azata Soro pour lancer le mouvement #MeToo au Burkina Faso ?

Traditionnellement, l’Afrique a pourtant toujours été une terre de femmes. Mais de femmes silencieuses qui ont œuvré dans l’ombre. Jusqu’à ce que la parenthèse coloniale ne pose ses modèles occidentaux patriarcaux sur cette trame matriarcale. Là encore, les femmes ont évité la lumière. Elles ont laissé dire, continuant à œuvrer en sous-main pour le bien de la communauté, de la famille, sans rien revendiquer de ces combats quotidiens. Aujourd’hui, elles osent prendre la parole et passent à la vitesse supérieure pour rendre leurs luttes visibles. Les pionnières se racontent.

Bastions masculins

Alors, les unes après les autres, elles osent le devant de la scène dans tous ces secteurs où elles étaient en arrière-plan. Elles ont leur vision du développement, dénoncent ce qui ne va pas ou pas assez vite et prennent un à un des bastions qu’on croyait pour longtemps encore masculins.

Celle qui a introduit les études de genre au Sénégalen plus d’enseigner à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, sera aussi au Quai Branly ce 31 mars pour raconter son long combat. Etre une pionnière n’a jamais fait peur à Fatou Sow ; ni lorsqu’elle s’est inscrite à l’université pour la première fois dans les années 1960, et qu’il n’y avait qu’une autre jeune femme dans son amphithéâtre, ni quand elle s’est lancée dans une carrière de chercheuse en sociologie, condamnée à l’excellence pour faire taire les oiseaux de mauvais augure, certains qu’une femme ne pouvait réussir à l’université.

Cette même assurance, née d’un travail acharné, Mireille Dosso, la directrice de l’Institut Pasteur en Côte d’Ivoire, récompensée pour ses nombreux travaux sur le VIH, viendra la partager avec le public du Monde Afrique.

L’univers de la mode, ne sera pas oublié, avec la créatrice Sénégalaise Adama Paris, qui a lancé la Black Fashion Week en France en 2011 et a relocalisé des défilés en Afrique de l’Ouest avec la mise en place de la Fashion Week de Dakar dans la foulée. Ni, évidemment, le monde africain des affaires. Un incontournable sur ce continent où 27 % des femmes ont créé leur petite entreprise. Si les Africaines produisent 62 % des biens économiques, elles ne sont pourtant que 8,5 % à être salariées sur cette zone géographique qui compte le plus d’entreprenariat féminin de la planète. Mais là encore, il a fallu l’audace, le courage et l’énergie des pionnières pour ouvrir la voie.

LA REDACTION

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