Victor Agbegnenou chercheur et inventeur en exclusivité – Catharsis Africa Etudes

Le Forum « Catharsis Africa Etudes » reçoit en collaboration avec « Espace Afrique » ce 26 Août 2018 en Interview Mr Victor Agbegnenou chercheur et inventeur

Par Frédéric Atsou GALLEY


Frédéric A. GALLEY:  Comment devient-on inventeur ?

Victor AGBEGNENOU: Une invention est définie comme une réponse technique à un problème technique. Un érudit en propriété intellectuelle, Ch. Salaün, écrivait que « Tout produit a un jour été rêvé par un homme ou une femme qui s’est attaché à le réaliser ». Et de poursuivre, « En effet, le monde de l’entreprise peut-il vraiment exister de manière efficace et durable sans sa source de vie que constitue la créativité ? Les exemples abondent depuis des siècles de manière infaillible, et pour ne citer que quelques-uns : l’électricité, l’ordinateur, le téléphone… l’Internet. »

A partir de ces deux principes, la réponse est qu’on peut devenir inventeur et ou innovateur à partir du moment où l’on cherche justement à apporter des solutions à des problèmes, fussent-ils de tous les jours. On devient auteur de l’invention ou de l’innovation dès lors qu’on arrive positivement à bout du problème.


Quelle est la spécificité de ton invention de communication par rapport à ce qui est sur le marché ?

VA J’ai plusieurs inventions dont la plus connue est le PWCS. J’imagine que la question concerne le PWCS. La réponse à la question consiste en ce que le PWCS était pensé pour que :
1- A partir du même dispositif imaginé dans les années 1995, il fut possible de transmettre simultanément en sans-fil la voix, les données et les images à des débits inégalés! Il permettrait un déploiement à très grande vitesse et à des prix très compétitifs. Depuis qu’il a été inventé, il aurait fourni un réseau à des débits plusieurs fois supérieurs à ceux dont on se contente même 20 ans après !
2- Apporter des solutions aux problèmes de l’époque. Il suffit de retourner en arrière dans les années 1990 pour se rendre compte :

  • que le téléphone était encore essentiellement filaire
  • que l’internet en France n’avait qu’un débit très limité,
  • qu’il n’y avait pas les boxes ADSL,
  • qu’avec l’avènement de l’ADSL, la situation de la bande passante s’est améliorée mais ne peuvent l’avoir que ceux qui ont de bons réseaux télécoms filaires ! L’Afrique a l’un des réseaux filaires des plus mauvaises qualités et des moins denses du monde. Conclusion, son internet doit être aérien, donc en sans-fil… mais avec quelles technologies ? Aujourd’hui encore en tout cas, l’Afrique est toujours tributaire de technologies budgétivores pour des services des plus médiocres… Par son choix, l’Afrique ne contribue essentiellement qu’à financer le développement des équipementiers qu’elle ne veut pas créer…
  • que le téléphone mobile véhiculait essentiellement de la voix,
  • que quand il a fallu demander la transmission des données via le mobile (ensemble des services internet aujourd’hui), il a fallu passer par d’importants changements de plus en plus coûteux comme le GPRS, Edge, etc. pour arriver aux XG-LTE (1G, 1,5G, 2G … et bientôt 5G) de nos jours. Si la situation s’est améliorée par rapport au passé c’est au prix de très gros investissements que tous les pays ne peuvent se permettre à cause du niveau de vie. Et ces systèmes imposés appauvrissent d’avantage les plus pauvres…
  • que quand bien même depuis peu, nous sommes sur les XG le problème du début reste toujours posé.
  • Malgré son âge, le PWCS a encore de très beaux jours technologiques devant lui rien que par rapport à cette problématique du débit qui reste son secret non livré et non constaté pour le moment dans les technologies les plus avancées.
    3- RETICE-PWCS, une innovation majeure pour le PWCS en solution numérique appliquée à l’éducation, santé, entreprise…


Quels problèmes un Inventeur africain rencontre-t-il sur le marché des inventions ?

L’invention/innovation constituent un des trois leviers du « moteur-développement » : Innovation, Organisation (environnement (politique) favorable) et Perfectionnement. Le levier principal des trois est l’organisation, c’est-à-dire la volonté politique qui insuffle la fertilité de l’environnement dont a besoin l’innovation.

Malheureusement pour l’inventeur/innovateur africain, la pièce politique du moteur-développement africain est sérieusement défaillante. Cette défaillance traduit mécaniquement la panne sévère plusieurs fois séculaire du développement du continent africain.

Pour illustrer cet état de fait, prenons l’exemple de quelques pays qui ont réalisé ces environnements fertiles matérialisés par les zones franches, technopôles, incitations économiques, etc. dans le processus du développement dépendant quasi exclusivement du politique. Ce sont les cas comme le Techno Park de Dubai, Silicon Valley aux USA, Bengalore en Inde, Haïfa en Israël, Shenzhen en Chine…, pures créations politiques. Voici comment est racontée l’histoire du cas de Shenzhen : « À l’origine, Shenzhen est un simple village de pêcheurs. Ou plutôt la zone actuelle de l’agglomération de Shenzhen recouvre l’emplacement ancien de divers villages de pêcheurs. « En 1978 Deng Xiaoping lance la modernisation dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie, de la défense nationale, et de la science et de la technologie. En 1980, s’ouvrent les premières zones économiques spéciales (Shenzhen, Zhuhai, Shantou, Xiamen) : les compagnies étrangères sont autorisées à y investir avec une fiscalité adaptée. En 1986, la directive Open Door encourage l’investissement et le développement du secteur privé et de l’économie de marché. En 1989 s’ouvrent les bourses de Shanghai et de Shenzhen. En 1990, Dongmen inaugure le premier Mc Donald de Chine. « La croissance économique de Shenzhen est de 25,8% par an en moyenne depuis 1980. En 2010, la zone spéciale a été étendue sur presque 2000 kilomètres carrés. » (3)


Comment détecter les jeunes africains doués pour l’invention ?

Un changement de paradigme est nécessaire pour y arriver. Ce nouveau paradigme doit être de permettre l’accès à l’invention/innovation au plus grand nombre en intégrant la Discipline «Propriété intellectuelle et industrielle» dans le programme éducatif et d’apprentissage de chaque pays africain. Notre organisation GPARD (Groupement Pan-Africain de la Recherche pour le Développement que j’ai fondé officiellement depuis 1995) y travaille depuis quelques années. Le GPARD au passage a servi de creuset à des chercheurs, intellectuels, ingénieurs, techniciens supérieurs, etc. Il dispose d’instances qui ont mené ou accompagné des Recherches, Innovations, Développements et Productions Opérationnels dont certains ont conduit à des brevets d’invention.

Les résultats de ce nouveau paradigme seront bientôt publiés et présentés aux pays africains. GPARD accompagnera les Etats comme les privés dans ce processus d’intégration. Il ouvrira ses propres centres, instituts et labos de formation pour montrer les exemples. Un pays comme le Botswana peut être pris comme modèle pour l’expérimentation compte tenu de ses performances en matière éducation.

Pour le reste, l’africain en tant qu’être, n’a rien à envier aux autres, particulièrement sur sa capacité d’innovation. Il suffit de consulter les travaux sur les inventeurs et scientifiques africains (https://kumatoo.com, http://www.africamaat.fr, etc.), pour s’en convaincre. Le retard du continent africain par contre est dû à son incapacité à profiter des fruits de ses fils. Car la quasi totalité des contributions intellectuelles en innovations et savoir-faire est captée par les autres. La dilution est si subtilement faite (détournement de patronymes, immigration choisie, promesses de carrières mirobolantes à l’étranger, tracasseries administratives, politiques, menaces sécuritaires et tribalisme  au pays etc.) que les résultats sont invisibles et donc illisibles. En résumé, l’Afrique malgré tout a toujours existé, résisté et n’a jamais disparu. Tellement son passé a été glorieux !

Les jeunes, c’est la prunelle dont nous devons particulièrement nous préoccuper. Pour cela, je vous prie de me permettre de m’étendre un peu…

Le niveau de développement d’un pays sur tous les plans dépend de sa capacité à innover et de sa volonté politique à organiser l’environnement des innovations. L’état lamentable de la société africaine et ses diasporas est la conséquence directe de la démission de l’Afrique des politiques.

La situation de l’Afrique est-elle une fatalité ? Non ! Un changement de paradigmes autour du levier «organisation» s’impose afin de permettre la mise en commun des efforts scientifiques, économiques et politiques du continent pour le développement à travers l’innovation et la production. Ce changement restituera au continent le véritable intérêt de sa richesse indéniable et de sa situation géopolitique dans le monde. Car quoiqu’on dise de ce continent, nul n’ignore sa valeur intrinsèque…

Le changement doit aussi passer par la démystification des fausses idées reçues comme par exemple :

  • Que l’innovation serait une exclusivité des occidentaux, des savants ou intellectuels etc. alors que l’innovation est l’affaire du commun des mortels. Il manque plutôt souvent les dispositions d’organisation et d’accompagnement nécessaires à la prospérité de l’innovation. Car faute de ce levier essentiel qu’est l’ORGANISATION dans le processus du développement, l’Afrique reste confrontée à toutes les plaies dont la plus grave qui est la fuite des cerveaux!
  • Que la recherche est un secteur d’investissement à perte. Du coup en Afrique, la recherche/innovation est l’enfant pauvre du système économique. Or une recherche bien planifiée (encore et toujours l’incontournable ORGANISATION) génère d’importantes retombées à court, moyen et long termes selon les stratégies. Cette retombée dépasse bien souvent les investissements alloués. Sinon, que dire des entreprises qui investissent plus de 10% de leur chiffre d’affaires dans la recherche/innovation ?

La synergie de la « coopération entre les entreprises, les institutions du savoir et les organismes gouvernementaux pousse continuellement l’économie vers le haut, comme l’alouette qui s’envole dans l’œuvre de Ralph Vaughan Williams. On songe aussi aux paroles fascinantes d’une chanson interprétée par le chœur d’enfants d’une école primaire de Kampala, qui a gratifié de sa présence les participants à la Réunion nationale sur la science, la technologie et l’innovation tenue en Ouganda en mars 2005 « l’innovation est une invitation à l’élévation. » Ainsi le Rapport de l’UNESCO sur la Science présente la situation de l’innovation dans le monde. Qu’en est-il de l’Afrique ?

La présente communication n’a pas pour objet de tirer un trait sur toute perspective pour l’Afrique de s’en sortir, bien au contraire comme prône l’érudit en observation de la société, l’Ancien Ministre Makhily Gassama, « Les raisons d’espérer » de l’Afrique grâce à ses jeunes ! Car l’Afrique, malgré ce tableau très sombre de sa situation actuelle, n’est pas loin de ses heures de gloire… Il suffit juste de constater la résilience de son peuple et les combats de plus en plus décomplexés de sa jeunesse et de sa diaspora !

L’Afrique n’a pas forcément besoin de calquer son modèle de développement sur celui des autres pour y arriver. Elle doit plutôt, et elle en est capable, définir elle-même ses concepts, ses choix et modes d’exécution de son développement véritable et durable. Elle ne doit pas continuer de s’inventer des circonstances atténuantes derrière lesquelles elle s’est cachée depuis au moins un demi-siècle.

Le chercher-Inventeur Victor Agbegnenou à gauche ET le Président Macky SALL à droite.

FAG. As-tu dans la tête un domaine particulier où il faut pousser les jeunes africains à inventer ?

VA Je parlerai plutôt de domaines (au pluriel) opérationnels (pas forcément idéals qui lui est subjectif) mais en tenant compte de comment on accroche son wagon au train qui passe. Il faut au minimum orienter le maximum sur :

  • Informatique génie logiciel
  • Electronique
  • Génie électrique
  • Génie mécanique
  • Biotechnologie
  • Création et Management de projet (discipline transversale et tout niveau)

FAG. Que penses-tu de l’idée que j’ai de créer un espace internet d’échanges entre les jeunes africains doués d’imaginations créatrices ?

  1. VA. C’est une très bonne initiative. Je dirai que si personne ne le faisait, GPARD le matérialiserait. Car la nécessité était criarde. C’est pour cela que nous apporterons notre eau au moulin.

FAG Au début de notre entretien tu as dit que tu as plusieurs autres inventions à ton actif. Quelles sont-elles ?

Mes deux premières inventions en techniques chirurgicales (OAPI, n° PV 03/TG/93 et PV 02/TG/93), Yaoundé 1993, sont celles qui émanent de ma formation de base où j’ai obtenu un Doctorat PhD ès sciences vétérinaires, spécialisé en chirurgie cardio-vasculaire et neurochirurgie, dans un travail conjoint entre l’Académie vétérinaire de Moscou et l’Ecole Nationale de Maisons Alfort (Paris, France). J’ai une double formation académique mais surtout je me suis fait un chercheur transversal pour parler librement de plusieurs sciences comme celles de l’ingénieur. Je suis titulaire d’un Mastère spécialisé en Innovation technologique et Management de Projet à l’ESIEE, Paris.

  • Une invention dénommée « Anastomoses artério-veineuses X et Y ». Son but est de permettre la réalisation des chirurgies vasculaires même dans nos hôpitaux de région africains. Elle permettrait d’éviter des évacuations de la plupart des pathologies cardio-vasculaires, y compris les infarctus opérés sans circulation extra-corporelle… Sauver les amputations des diabétiques, etc. Les travaux de ce brevet d’invention m’ont pris plus de 15 ans de recherche et occupé toutes mes thèses.
  • Une autre invention est dénommée « Transport de l’influx nerveux à travers des conducteurs». Son but est de permettre de rétablir l’intégrité du nerf même sectionné. L’aboutissement du développement de cette invention sauverait les paralysies diverses.

Mais qu’est-ce qui s’est passé avec ces inventions ? Notez que l’inventeur est rarement celui qui a les moyens financiers pour le développement et l’exploitation. Je ne suis qu’un pauvre africain parti de sa brousse sans un sou pour aller étudier. Les pays africains étant les premiers à ignorer leurs cerveaux… j’en suis victime jusqu’à ce jour. Mais je n’ai jamais lâché, même si j’ai ruiné plus d’un y compris ma femme et mes propres enfants qui m’apportent tout le soutien humain et financier…

Si l’Afrique en prend conscience, moi seul modestement je peux apporter en moins de cinq ans, plus d’une trentaine de brevets d’invention très en avant-garde dont une bonne dizaine sont déjà rédigés mais pour lesquels je n’ai pas les moyens de financer ni leur dépôt ni leur développement tant que le PWCS/RETICE par exemple ne passera le cap de la commercialisation. Je peux former en un temps record, des centaines de jeunes et adultes, intellectuels ou non, aux compétences et savoir-faire de la discipline de l’innovation.

FAG. Une question plus personnelle que je ne peux me priver de te poser. Ta fille Clarisse Vice-Championne Olympique, Championne du monde, plusieurs fois Championne Européenne de judo est-elle aussi mordue d’invention que son extraordinaire papa ?


VA
. Ma fille Clarisse est une véritable innovatrice dans sa discipline de judo. Car pour faire la performance de son palmarès, Clarisse fait preuve d’une capacité de recherche appréciable avec des inventions remarquables de solutions techniques pour son sport. On entend souvent d’ailleurs le milieu dire, Clarisse avec son ceci/cela… En effet, l’innovation couvre tous les domaines de la vie. Elle comme ses frères sont de véritables « techno-branchés ». Cette fibre leur a permis de comprendre très vite les enjeux de mes travaux et de m’apporter leurs contributions financières. Clarisse est l’Ambassadrice du RETICE lié à l’éducation.

Victor K. Agbégnénou

F-KINT

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