Donald Trump tacle le «Brexit doux» de Theresa May

TRUMP s’attire les foudres des députés britanniques

 

Le président américain a douché les espoirs de la première ministre, en affirmant qu’un accord de libre-échange de la Grande-Bretagne avec Washington est impossible si le pays maintient une relation économique étroite avec l’UE après le Brexit. Des déclarations qui ont enflammé la classe politique britannique.

«Où sont vos bonnes manières, Monsieur Trump?» C’est par un tweet que le ministre de l’Éducation, Sam Gymiah, a résumé la stupéfaction du gouvernement britannique après les déclarations du président américain auprès du tabloid The Sun, paru ce vendredi matin. Bien qu’en visite officielle sur le sol britannique, Donald Trump y torpille le projet de Theresa May de relation commerciale avec l’Union européenne après le Brexit: «s’ils font un tel accord, nous traiterions avec l’Union européenne au lieu de traiter avec le Royaume-Uni». Le plan britannique proposé à Bruxelles prévoit en effet de maintenir des liens étroits avec l’UE en matière de commerce. Mais la première ministre comptait aussi profiter de la visite de Trump pour faire avancer les discussions sur un accord de libre-échange avec Washington, une fois que son pays aura quitté l’UE fin mars 2019.

Cette semaine, l’Américain avait porté un premier coup au projet de «Brexit doux» de Theresa May, affirmant «ne pas savoir» s’il correspondait au vote des Britanniques de quitter l’UE. Il n’a pas non plus exclu de rencontrer son «ami» Boris Johnson, partisan d’un Brexit dur, qui a claqué la porte du gouvernement en début de semaine pour protester contre le plan de Theresa May et qui ferait, selon lui, un «grand Premier ministre». Ce vendredi et afin de calmer le jeu, le président américain a assuré que la relation avec la première ministre britannique Theresa May était «très très solide», malgré les attaques formulées dans la presse. «La relation est très très solide, nous avons une excellente relation», a-t-il affirmé, assis à côté d’elle à la résidence de campagne des Premiers ministres britanniques à Chequers. Les deux gouvernants doivent s’entretenir à nouveau ce vendredi midi. Le président et son épouse sont ensuite attendus au palais de Windsor, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Londres, pour prendre le thé avec Elizabeth II.

Les travaillistes solidaires de Theresa May, les conservateurs divisés

Reste que les différentes sorties de l’Américain ont mis en émoi la classe politique britannique. L’eurosceptique Jacob Rees Mogg, farouche partisan du Brexit et opposant à la ligne gouvernementale, a été l’un des rares à ne rien trouver à redire aux propos de Donald Trump. «C’est une affaire de politique étrangère américaine», a-t-il seulement commenté sur la BBC. «Ce que dit monsieur Trump est que si le Royaume-Uni persiste sur cette ligne, les chances d’obtenir un accord commercial avec les États-Unis sont très faibles». La députée conservatrice Sarah Wollaston a en revanche répondu: «Si adopter la vision du monde de Trump est le prix à payer pour un accord, cela n’en vaut pas le prix». Sa collègue Anna Soubry a estimé que «plus Donald Trump insulte Theresa May, plus il renforce la crédibilité» de la première ministre. Même la députée travailliste Emily Thorneberry, féroce critique du gouvernement, s’est rangée du côté de Theresa May et a condamné les propos du locataire de la Maison Blanche. D’autres ont également attaqué Donald Trump sur ses vues en matière de sécurité. Le député travailliste David Lammy a pris la défense du maire de Londres, Sadiq Khan, mis en question par Donald Trump, selon qui il a fait un «travail désastreux sur le terrorisme». «La raison pour laquelle Trump attaque mon ami Sadiq Khan pour les attentats de l’an dernier est simple. Il déteste que Londres ait choisi un maire musulman. C’est un président raciste», a-t-il tweeté.

Une interview qui fait suite à un dîner chaleureux

À Washington, la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a tenté dès hier jeudi soir de minimiser l’impact des déclarations du Président américain en assurant que Donald Trump «aime et respecte beaucoup» Theresa May, puisque, a-t-elle ajouté devant la presse, «il a dit dans son interview qu’elle était une très bonne personne et qu’il n’a jamais rien dit de méchant à son encontre». La sortie de Donald Trump dans The Sun constitue toutefois une claque d’autant plus cinglante pour l’occupante du 10, Downing Street que, hier jeudi soir, elle vantait la force du lien transatlantique, y voyant une opportunité «sans précédent». Les États-Unis et le Royaume-Uni ne sont pas seulement «les plus proches alliés, mais aussi les amis les plus chers», déclarait-elle ainsi en accueillant le président américain et son épouse Melania pour le dîner à Blenheim, résidence de campagne près d’Oxford, où étaient également invités de nombreux représentants du monde économique.

Les saillies du président américain ont d’ailleurs eu un impact sur les marché financiers. La livre britannique a baissé face à l’euro comme au dollar vendredi en début de séance européenne, pénalisée par des propos de Donald Trump. Vers 08h40 GMT, la devise britannique valait 1,3119 dollar contre 1,3206 dollar jeudi vers 21h00 GMT et l’euro valait 88,55 pence contre 88,36 pence la veille.

Pour Le Drian, les Britanniques doivent réagir

Vu de l’étranger, la visite officielle de Donald Trump en Grande-Bretagne prend des accents tragi-comiques, entre manifestations de protestations, tentatives maladroites de séduction par le gouvernement et commentaires abruptes de la part du président américain. En France, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, interrogé ce vendredi matin par Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC, ne s’étonnait pas des déclarations tonitruantes et de l’absence de diplomatie du résident de la Maison-blanche: «Trump est cohérent: pour lui, seul le rapport de force paye». Sur l’affrontement avec l’UE, le ministre a voulu faire montre de détermination: «il [Trump] prend des initiatives qui ont pour but de déstabiliser l’Union européenne. Mais l’Europe ne se laisse pas déstabiliser». Enfin, sur le cas spécifique du projet de Brexit et de la mise sous pression de Theresa May par Donald Trump, Jean-Yves Le Drian a commenté sobrement: «il faut que les Britanniques réagissent».

Par   Luc Lenoir  AFP, Reuters Agences

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